Le Tarot, des origines à l’interprétation: structure, symboles et pratiques
- Cecile Bocquin

- 7 janv.
- 9 min de lecture
Le tarot est un langage symbolique riche et structuré, capable de transmettre des messages, d’éclairer des situations et d’accompagner une réflexion personnelle. Depuis ses origines en Europe au XVe siècle jusqu’à ses formes contemporaines, il a évolué pour devenir un outil de guidance et d’introspection, utilisé aussi bien pour la divination que pour l’exploration psychologique.
Le tarot appartient à la grande famille des oracles. Un oracle peut prendre de nombreuses formes: cartes, runes, baguettes de Yi King ou autres supports conçus pour délivrer une guidance. Le tarot, lui, se distingue par une structure précise et immuable composée de 78 cartes: 22 arcanes majeurs, qui mettent en scène des archétypes universels et des étapes symboliques majeures, et 56 arcanes mineurs, répartis en quatre familles – Coupes, Deniers, Bâtons et Épées – qui explorent des aspects plus concrets ou nuancés de la vie quotidienne.
Chaque tirage devient une invitation à l’intuition et à l’interprétation: le sens d’une carte dépend toujours du contexte, des cartes voisines et de l’intuition du lecteur. Cet article propose de parcourir les origines du tarot, sa structure et ses arcanes, et les différentes pratiques de tirage, qu’elles soient divinatoires ou orientées vers l’exploration personnelle, pour montrer comment le tarot reste un outil vivant et flexible.
I. Tarot, oracle et divination : clarifier les concepts
A. Qu’est-ce qu’un oracle ?
Un oracle désigne tout support permettant de recevoir un message, une guidance ou une réponse symbolique à une question. Il ne s’agit pas uniquement de cartes: le terme englobe un vaste éventail de pratiques et d’outils conçus pour faciliter la connexion à une information intuitive, symbolique ou spirituelle. Dans cette grande famille, on trouve par exemple les cartes d’oracle – souvent thématiques et libres dans leur structure –, les runes, les bâtonnets de Yi King, ou encore des systèmes plus contemporains tels que les cartes de développement personnel.
La particularité d’un oracle réside dans sa flexibilité totale. Chaque créateur peut définir le nombre d’éléments, la forme, les symboles et le mode d’utilisation: un oracle peut comporter 20, 44, 60, 111 cartes ou davantage, présenter une narration ou non, explorer un univers spécifique (anges, animaux, saisons, émotions…), ou privilégier un langage totalement abstrait. Il peut se concentrer sur un thème précis (amour, travail, guérison, introspection,...). Cette liberté permet aux oracles d’adopter une esthétique très variée et de s’adapter à de nombreuses sensibilités. Leur rôle reste pourtant le même: offrir un support pour recevoir un message et éclairer une situation.
B. Le tarot : un type d’oracle précis et codifié
Le tarot appartient à cette grande famille, mais il se distingue par une structure fixe qui le définit depuis plusieurs siècles. Un tarot comporte 78 cartes, organisées en deux ensembles complémentaires:
les 22 arcanes majeurs, représentant des archétypes universels et des étapes symboliques fortes,
et les 56 arcanes mineurs, répartis en quatre familles – Coupes, Deniers, Bâtons et Épées – qui abordent des aspects plus concrets et nuancés de l’expérience humaine.
Cette codification s’accompagne d’une tradition iconographique et symbolique spécifique, héritée notamment du Tarot de Marseille et enrichie au fil du temps par d’autres écoles et adaptations. Malgré la diversité des jeux existants aujourd’hui – Marseille, Rider-Waite-Smith, Thoth, et de nombreux tarots modernes –, tous reposent sur cette même base structurelle.
Ainsi, contrairement aux oracles libres, le tarot offre un cadre stable qui permet une lecture cohérente tout en laissant une grande place à l’intuition.
II. Aux origines du tarot : entre jeu, symbolisme et traditions visuelles
A. Les premiers jeux de cartes et l’apparition des premiers tarots
Les origines du tarot s’inscrivent dans l’histoire plus vaste des jeux de cartes. Ces derniers trouvent leurs racines en Asie, probablement en Chine, avant de circuler vers le Moyen-Orient puis de gagner l’Europe par les routes commerciales. On retrouve des traces de cartes à jouer en Italie dès le XIVᵉ siècle, où elles deviennent rapidement populaires, tant dans les milieux nobles que dans les classes urbaines.
C’est au XVe siècle que commencent à apparaître les premiers tarots, dont le plus célèbre est le Visconti-Sforza, un ensemble de cartes somptueusement ornées, commandé par de grandes familles italiennes. À cette époque, le tarot n’a pas encore de fonction divinatoire: il est avant tout un jeu de plis destiné au divertissement, apprécié pour ses illustrations raffinées et ses symboles d’inspiration allégorique.
Cependant, même dans ce cadre ludique, la richesse visuelle des cartes ouvre la voie à des interprétations symboliques. Ce potentiel sera pleinement exploité seulement plusieurs siècles plus tard, lorsque la pratique cartomancienne commencera à se développer.
B. Le Tarot de Marseille : naissance d’un modèle occidental
Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, la production de tarots se déplace progressivement de l’Italie vers la France, en particulier vers les régions de Lyon et Marseille. C’est là que se consolide ce que l’on appelle aujourd’hui le Tarot de Marseille, un ensemble de conventions graphiques qui va durablement s’imposer. Les maîtres cartiers jouent un rôle essentiel dans cette stabilisation: ils fixent les silhouettes, les couleurs dominantes (notamment le bleu, le rouge, le jaune et le vert), ainsi que la numérotation des arcanes majeurs.
Cette iconographie particulière, mêlant influences médiévales, symbolisme chrétien et motifs populaires, crée une cohérence visuelle qui distingue nettement le tarot de Marseille des modèles italiens antérieurs. C’est aussi ce système qui ancrera durablement dans l’imaginaire européen des figures comme Le Mat, L’Impératrice, Le Pendu ou La Maison Dieu.
Au fil du temps, le tarot de Marseille devient la référence francophone, en raison de sa diffusion massive, de sa structure claire et de sa forte portée symbolique. Il influence encore aujourd’hui une grande partie des pratiques contemporaines et de nombreux jeux modernes s’en inspirent directement.
C. L’émergence du Rider-Waite-Smith
Le XXᵉ siècle marque une transformation majeure avec la création du Rider-Waite-Smith en 1909. Fruit de la collaboration entre Arthur Edward Waite, auteur et chercheur, et Pamela Colman Smith, artiste à l’imagination fertile, ce tarot (qui respecte la structure des tarots avec 22 arcanes majeurs et 56 mineurs réparties en 4 familles) apporte une innovation décisive: les arcanes mineurs sont illustrés de scènes complètes, et non plus seulement représentés par des assemblages de symboles (coupes, épées, etc.) comme dans le tarot de Marseille.
Ces illustrations narratives rendent la lecture beaucoup plus intuitive, car chaque carte devient une miniature symbolique à interpréter comme une scène vivante. Cette approche révolutionne la pratique moderne et contribue à la popularité immense du Rider-Waite-Smith, devenu aujourd’hui l’un des systèmes de tarot les plus utilisés au monde.
III. Anatomie d’un tarot: comprendre sa structure interne
Le tarot repose sur une structure précise qui lui confère sa cohérence et sa richesse d’interprétation. Ses 78 arcanes ne forment pas un simple ensemble d’images: elles constituent un système symbolique complet, où chaque carte occupe une place définie et interagit avec les autres pour former un langage complexe. Comprendre cette architecture interne permet d’aborder les tirages avec plus de nuances, d’intuition et de profondeur.
A. Les 22 arcanes majeurs
Les arcanes majeurs sont les cartes les plus emblématiques du tarot. Au nombre de 22, elles représentent des archétypes universels tels que Le Bateleur, La Papesse, La Roue de Fortune ou La Mort. Chacune met en scène une force symbolique fondamentale, une énergie marquante ou une étape essentielle de l’expérience humaine.
Ces cartes forment un cheminement symbolique, souvent interprété comme une progression du Mat — figure libre, sans numéro — à travers différentes étapes de prise de conscience, d’épreuves, d’apprentissages et de transformations. Ce parcours raconte l’évolution d’un être humain confronté aux cycles de la vie: initiation, maturation, dépassement, accomplissement.
En tirage, les arcanes majeurs indiquent des enjeux de fond: des décisions déterminantes, des transitions importantes ou des dynamiques structurelles qui influencent la situation du consultant. Une lecture riche et subtile du tarot repose donc en grande partie sur la compréhension de ces figures majeures, car elles apportent une direction claire, une intensité particulière ou un enseignement profond.
B. Les 56 arcanes mineurs
Les arcanes mineurs complètent le tarot en explorant des aspects plus concrets, émotionnels, matériels ou psychologiques de la vie quotidienne. Ils sont réparties en quatre familles, chacun associé à une dimension spécifique:
Coupes: émotions, intuition, relations affectives, créativité sensitive.
Deniers: matière, finances, corps, travail, stabilité et concrétisation.
Bâtons: énergie, volonté, ambition, projets, motivation et action.
Épées: mental, décisions, communication, conflits, clarifications intellectuelles.
Chaque famille comprend des cartes numérotées de l’As au 10, dont la numérologie apporte une structure de compréhension.
L’As représente l’essence ou le potentiel pur.
Le 2 parle de dualité, d’équilibre ou de choix.
Le 3, de croissance.
Le 4, de stabilité.
Le 5, de changement ou de tension.
Le 6, d’harmonisation.
Le 7, d’analyse ou de stratégie.
Le 8, de mouvement.
Le 9, d’intensité ou de culmination.
Le 10, d’achèvement ou de transition vers un nouveau cycle.
Les Figures de Cour — Page, Chevalier, Reine et Roi — représentent quant à elles des profils, des attitudes, des rôles ou des dynamiques relationnelles. Elles peuvent symboliser une personne, un état d’esprit ou une énergie particulière à intégrer.
C. Un tarot nuancé : polarités, dynamiques et interactions
Le tarot ne répartit pas ses cartes en catégories strictes telles que “positives” ou “négatives”. Chaque carte possède un large spectre d’expression, allant d’une polarité plus facile à accueillir à une polarité plus exigeante. Une carte réputée difficile peut indiquer une libération, tandis qu’une carte lumineuse peut révéler une vigilance.
Le sens réel d’une carte dépend toujours de la dynamique contextuelle: les cartes dialoguent entre elles, se renforcent, se complètent ou se modèrent. Ce sont ces interactions qui donnent naissance au message final.
Enfin, l’intuition du cartomancien joue un rôle fondamental. Le tarot n’est pas un système mécanique mais un langage vivant, et chaque tirage constitue une rencontre unique entre les symboles, le contexte et la sensibilité de la personne qui le consulte.
IV. L’art de l’interprétation : symboles, intuition et interactions
Interpréter un tirage de tarot ne consiste pas à réciter des significations figées, mais à comprendre comment les symboles, le contexte et l’intuition se combinent pour donner naissance à un message unique. Le tarot fonctionne comme un langage: chaque carte a son vocabulaire, mais le sens final se construit dans la relation entre les cartes, dans leur tonalité générale et dans la résonance qu’elles créent chez le cartomancien.
A. La lecture contextuelle: une carte n’a jamais un sens isolé
La première règle de l’interprétation est que la carte n’existe jamais seule. Elle prend sens grâce à l’environnement dans lequel elle apparaît: sa position dans un tirage, les cartes qui l’entourent, la question posée et même la dynamique énergétique générale de l’ensemble.
Les associations jouent un rôle majeur. Une répétition d’un même type d’énergie — plusieurs Coupes, par exemple — souligne une dominante émotionnelle ou relationnelle. Une majorité d’Épées peut indiquer que le mental, les décisions ou les tensions intellectuelles gouvernent la situation. Les doublons de lames majeures accentuent l’importance d’un cycle de transformation.
Le tirage peut aussi révéler un arc narratif: une progression logique entre les cartes, une montée en intensité, une résolution ou la mise en lumière d’un blocage. Ainsi, ce n’est pas seulement la signification individuelle qui importe, mais la manière dont les cartes s’assemblent pour former une histoire cohérente.
B. Le rôle central de l’intuition
Si la structure symbolique du tarot sert de base, l’intuition en est le moteur. Les cartes sont un support qui active la perception intuitive: ressenti immédiat, impression subtile, image intérieure, mot-clé spontané. Deux tirages comportant la même carte peuvent délivrer des messages très différents selon ce que le cartomancien perçoit.
Prenons L’Hermite: dans un tirage calme et introspectif, il peut inviter à la patience, à la recherche intérieure ou à la sagesse. Dans un tirage plus tendu, il peut signaler l’isolement, l’attente prolongée ou la nécessité de prendre du recul avant d’agir.
Chaque détail compte: une couleur dominante, le regard d’une figure, la direction d’un mouvement, l’émotion que l’image déclenche. L’intuition n’est pas un ajout subjectif: elle est l’outil qui transforme les symboles en guidance vivante.
C. Les niveaux de lecture
Le tarot offre plusieurs niveaux de compréhension qui permettent d’ajuster la lecture selon les besoins du consultant.
Lecture littérale: elle s’attache à des événements concrets, à des actions ou à des situations directement observables.
Lecture psychologique: elle explore les dynamiques internes, les archétypes, les croyances, les peurs et les forces en jeu.
Lecture spirituelle: elle aborde le chemin de l’âme, l’évolution personnelle, les prises de conscience et les messages de sagesse symbolique.
Le cartomancien combine ces niveaux selon le contexte du tirage, pour offrir une interprétation riche, nuancée et profondément alignée avec la situation du consultant.
Conclusion: Le tarot, un langage vivant au service de la compréhension de soi
À travers son histoire, sa structure précise et la richesse de ses symboles, le tarot s’est imposé comme un outil d’exploration continue, capable de traverser les siècles tout en restant étonnamment actuel. Ce qui en fait sa force, ce n’est pas seulement la profondeur de ses arcanes ou la beauté de ses traditions visuelles, mais la manière dont il crée un espace de dialogue entre les images et l’intuition.
Qu’il soit utilisé pour éclairer une situation, comprendre une dynamique intérieure, accompagner une transition ou simplement ouvrir un temps de réflexion, le tarot ne délivre jamais des réponses toutes faites: il propose des pistes, des clés, des perspectives. Les cartes ne prédisent pas mécaniquement l’avenir; elles révèlent des tendances, des potentiels, des mouvements en cours, laissant au consultant sa liberté et son pouvoir d’action.
Parce qu’il appartient à la grande famille des oracles tout en conservant une structure singulière, le tarot combine stabilité et plasticité. Il offre un cadre solide — ses 78 arcanes, ses familles, son langage symbolique — tout en laissant une place essentielle à l’interprétation personnelle.
En fin de compte, pratiquer le tarot, c’est apprendre à lire au-delà des images, à écouter ce que les symboles éveillent en soi, et à accueillir la guidance qui émerge de cette rencontre entre tradition, intuition et conscience. C’est pourquoi, malgré son ancienneté, le tarot demeure un outil profondément vivant, adaptable et inépuisable.






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